« Qui tente de s’approcher de son propre passé enseveli doit faire comme
un homme qui fouille.
»
Walter Benjamin


Mes travaux se déclinent autour des notions de remémoration1, de réitération, et de l’expérience du corps pris dans une histoire ou dans un contexte. Ma démarche s’inscrit dans une temporalité longue et je privilégie une approche de l’espace subjective et instinctive. C’est entre une confrontation du corps et d’un lieu, que je cherche dans le paysage ou les archives, des signes relatifs à la mémoire. Ma pratique est traversée par divers courants de l’histoire des arts visuels. Les photographes en errance ont conditionné mon processus de travail, lié à la marche et à l’épuisement du corps (Jean-Claude Bélégou, Klavdij Sluban). Puis mes séries ont trouvé leur forme dans le livre, créant des liens entre univers littéraires, plastiques et photographiques (Anne-Lise Broyer, Aurélia Frey). Enfin, des artistes dont les préoccupations ouvrent de nouvelles perspectives dans mes explorations liées à la place du corps (Cindy Sherman, Valérie Jouve).

Mes projets se sont tout d’abord portés vers des pays à l’histoire particulièrement tourmentée. Ces traversées au long cours m’ont amené à enquêter sur des lieux habités par la mémoire où, comme le souligne Roland Barthes : « Tout se passe comme si j’étais sûr d’y avoir été ou d’y devoir y aller »2. L’orientation de mes explorations s’ancrent fortement dans la littérature et « les sites ne me parviennent plus vierges, mais hantés de voix et de regards antérieurs »3. Je me laisse volontiers rattraper par les coïncidences, à la manière de l’auteure Emmanuelle Pagano ou de l’artiste Claire Tenu. Pour chacune de mes investigations, j’utilise un dispositif photographique particulier, qui me permet d’aborder la question de la présence/absence du corps. Cette question devient centrale dans mes projets en cours, que je mène seul ou en duo.

Ma pratique de la photographie a été bousculée par le fait de partager un atelier avec d’autres artistes. Les plasticiens interrogent la mise en espace et l’occupation de leurs œuvres dans un lieu donné, obligeant un déplacement du corps dans l’exposition. Je suis en accord lorsque Valérie Jouve dit que : « La photographie n’est pas une fin en soi »4. Ainsi, je privilégie d’autres médiums, comme la vidéo ou la performance, pour faire avancer et évoluer certains de mes projets en cours. Ce questionnement passe aussi par les formes d’accrochage ou de présentation : la constitution d’un corpus d’images en constante évolution et qui est réinterprété, réinterrogé, en fonction d’un espace d’exposition spécifique (Glissé amoureux) ; la fabrication des cadres dans un bois particulier, rendant les « objets-photographiques » uniques et indissociables (Glissé amoureux et Ce qui se repose) ; la présentation sous forme de conférence performée où les photographies projetées servent de fil conducteur (Nos châteaux en Écosse).

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1. Roland Barthes, Journal de deuil, Seuil, 2009.
2. Roland Barthes, La chambre claire, Seuil, 1980.
3. Danièle Méaux, Voyages de photographes, PU Saint-Étienne, 2009.
4. Valérie Jouve, Corps en résistance, Jeu de Paume / Filigranes, 2015.